1. Les origines de la pêche responsable


À partir de quel instant l’Homme s’est interrogé sur l’idée d’une pêche durable et responsable ?

Le problème de la surpêche et de la destruction de l'environnement marin est un problème contemporain. La forte croissance démographique du XXème siècle, le développement des techniques de pêche, accompagnés d’une forte demande de produits marins sont à l’origine de l’idée d’une pêche durable et responsable. Il faut en effet laisser aux poissons le temps de se reproduire et aux écosystèmes marins de se régénérer. En effet, la pêche est une activité incompatible et incomparable avec une activité industrielle. Comment alors pouvoir se nourrir dans la durée sans se préoccuper de la santé de notre environnement marin ?  

Cette surexploitation entraîne l’épuisement de nos ressources marines et voit donc la mise en danger voire la disparition progressive de certaines espèces comme le thon rouge ou encore la baleine bleue ( pour tenter de relancer l'activité de la chasse à la baleine, la Norvège a augmenté ce mardi les quotas de cétacés susceptibles d'être harponnées en 2018 : 1.278 soit une hausse de 28% par rapport à l'an dernier).

D’après Nicolas Mouquet, chercheur au CNRS au Centre pour la biodiversité marine, il y a une véritable urgence à agir : “ On ne voit pas ce qu’il y a sous la mer mais les dégâts sont sans précédent [...]”. Les prédictions des scientifiques estiment qu’entre 24% à 40% des espèces marines vont disparaître durant les années à venir, ce qui représente une extinction de masse. En 2016, un rapport de l’université de Standford a démontré que ce sont les plus gros des animaux marins qui sont les plus impactés par cette extinction de masse, notamment causée par la surpêche. En effet, ces derniers représentant un potentiel nutritif plus important que les espèces plus petites, ils sont le plus souvent prélevés par l’industrie de la pêche. De plus, la modernisation des techniques de pêche peuvent souvent être destructrices pour l’environnement marin (comme le chalutage de fond qui détruit les coraux, les refuges de biodiversité etc).

Face à ces constats et ces nombreux dégâts, la seule possibilité qui s’offre aux Hommes est une alternative responsable et durable.

2. La pêche durable

 
L’état des océans et la surpêche font partie des enjeux environnementaux majeurs de notre époque, le poisson étant la ressource la plus achetée au monde : 90 millions de tonnes de poissons sont pêchées chaque année dans le monde selon la FAO, soit 10 fois plus que le volume de café.

La  pêche durable consiste donc en une gestion raisonnable et durable des espèces de poissons et de l'environnement marin. La pêche durable repose également sur une prise de conscience et une implication citoyenne des consommateurs, qui ont un pouvoir d'action important.

Les consommateurs ont un rôle important à jouer dans ce changement afin d’encourager ce mouvement. En effet, plus les consommateurs consomment des produits marins issus de la pêche durable et responsable, plus les producteurs choisiront cette voie. C’est donc à nous, à vous d’agir.


3. Comment consommer et produire durablement ?


Pour produire durablement il faut mettre un terme à certaines pratiques et en valoriser d’autres. En voici quelques-unes :

  • Ne pas cibler les espèces les plus menacées (thon rouge, bénitier géant, grand requin blanc, saumon …).

  • Ne pas se dérouler (pêcher) dans des zones fragiles.

  • Prendre en compte tout l’environnement, les impacts sur toutes les espèces et considérer les écosystèmes dans leur ensemble.

  • Respecter les avis scientifiques et quotas : quantités de poissons à pêcher, durée de la saison de pêche, etc.

  • Utiliser des méthodes de pêche sélectives pour ne prendre que le poisson nécessaire.

  • Ne pas utiliser de méthodes destructrices comme le chalutage de fond.

  • Assurer une traçabilité complète depuis la zone de capture jusqu’au point de vente.

  • Protéger les habitats et les espèces sensibles, notamment en créant des réserves marines.

Cependant, pour favoriser la pêche durable, il faut que des organisations supérieures prennent des décisions sur la gestion des pêches. Les Etats doivent aussi également lutter contre certaines pratiques et s’y engager.

 
4. Pêche durable : les engagements internationaux


En 2010, la conférence mondiale sur la biodiversité de Nagoya au Japon fait le constat que les engagements pris à Johannesburg au Sommet mondial sur le développement durable pour ralentir la perte de la biodiversité à l’horizon 2010 n’ont pas été tenus. Elle définit alors, face à ce constat, une vision à long terme (2050) et fixe vingt objectifs à atteindre en 2020 dont certains qui concernent directement la pêche et les écosystèmes marins :

  • Objectif 6 : D’ici à 2020, tous les stocks de poissons et d’invertébrés et plantes aquatiques sont gérés et récoltés d’une manière durable, légale et en appliquant des approches fondées sur les écosystèmes, de telle sorte que la surpêche soit évitée, des plans et des mesures de récupération sont en place pour toutes les espèces épuisées, les pêcheries n’ont pas d'impacts négatifs marqués sur les espèces menacées et les écosystèmes vulnérables, et l’impact de la pêche sur les stocks, les espèces et les écosystèmes restent dans des limites écologiques sûres.

 

  • Objectif 11 : D'ici à 2020, au moins 17% des zones terrestres et d’eaux intérieures et 10% des zones marines et côtières, y compris les zones qui sont particulièrement importantes pour la diversité biologique et les services fournis par les écosystèmes, sont conservées au moyen de réseaux écologiquement représentatifs et bien reliés d’aires protégées gérées efficacement et équitablement et d’autres mesures de conservation effectives par zone, et intégrées dans l’ensemble du paysage terrestre et marin.


Le cadre européen de la pêche durable :


Les premières mesures européennes concernant les pêches datent des années 1970, découlent du Traité de Rome, et traitent des droits d'accès dans les ZEE (Zones Économiques Exclusives), de l'organisation du marché des produits de la mer et de l'accès aux aides financières pour la modernisation du secteur.

Mais c'est en 1983 que naît véritablement l'Europe bleue, avec le premier règlement européen définissant la Politique Commune des Pêches qui met en place les Totaux Admissibles de Captures (TAC) et leur déclinaison en quotas nationaux par le biais de la stabilité relative.

Les engagements européens ont été mis en place par le règlement concernant la politique commune des pêches (PCP) et par la directive cadre stratégie pour le milieu marin (DCSMM). La PCP vise à garantir la durabilité de la pêche et de l'aquaculture sur le plan environnemental, économique et social. Elle a pour but de dynamiser le secteur de la pêche et de s’assurer d’un niveau de vie équitable aux pêcheurs. Les deux principaux objectifs de la nouvelle PCP sont l'atteinte (ou le maintien) du Rendement Maximal Durable (RMD) pour tous les stocks en 2020 au plus tard.


5. Les consommateurs et les labels :


Pour agir, vous pouvez diminuer votre consommation de poissons et également vous tourner vers les produits de la mer labellisés Pêche Responsable.

Les pêcheries ou les éleveurs choisissent de façon volontaire de faire reconnaître leurs pratiques à travers les certifications comme celles-ci :  MSC et ASC. Ces labels servent de repères fiables pour du poisson pêché et élevé de manière durable et responsable. Fondé en 1996, label MSC a été créé suite aux consultations avec l'industrie de la pêche, les scientifiques et les organisations environnementales. Seuls les produits de la mer issus de pêcheries certifiées peuvent porter le label MSC. Cette certification est ouverte à toutes les pêcheries de captures sauvages et d’eau douce, et englobe la plupart des espèces de poissons et de crustacés, quelle que soit leur taille, leurs caractéristiques écologiques et géographiques.

Plus récemment développé (en 2010) , le label ASC a été lancé pour certifier les produits et les entreprises pratiquant l’aquaculture responsable. Un enjeu important puisque l’aquaculture s’est énormément développée ces dernières années et représente aujourd’hui 50 % des produits de la mer consommés.

Si vous décidez de consommer du poisson labellisé MSC ou ASC vous avez alors la garantie d'acheter du poisson provenant de la pêche durable ou de l'aquaculture responsable. Vous récompensez donc les pêcheurs et producteurs qui possèdent des pratiques respectueuses de l’environnement et vous contribuez ainsi au bon état des stocks de poissons.


                       

Mais si la pêche est en grande partie responsable de l’état des ressources, ce n’est pas la seule. D’autres facteurs sont importants, comme la pollution du milieu, la destruction des habitats, l’aménagement des zones côtières, le réchauffement climatique peuvent aussi modifier l’écosystème et se combiner à l’impact de la pêche.

Si ces solutions ne vous ont pas convaincues, d’autres solutions s’offrent à vous pour choisir un poisson durable !

  • éviter ceux qui font partie de la liste des poissons menacés établie par WWF et la liste rouge de Greenpeace

  • privilégier les espèces débarquées dans les ports français énumérés dans la liste remise à jour à chaque saison par le Réseau Océan Mondial dans sa campagne « Mr Goodfish »

  • pour ceux qui souhaitent adopter une conduite responsable même au restaurant, trouver les restaurants et poissonneries porteurs du logo « bon pour la mer, bon pour moi », qui mettent en avant les espèces dont les stocks ne sont pas menacés.

  • consommer les box repas Rutabago vous permettra de consommer des produits de la mer bio, durables et en quantité raisonnable.